| Article issu du magazine “Regards sur l’IE” N° 10. 2005
Par Philippe Clerc, Directeur de l’intelligence économique, de l’innovation et des TIC à l’Assemblée des Chambres françaises de Commerce et d’Industrie, Président de l’Association Française pour le Développement de l’Intelligence Economique |
Novembre 2004, les Rencontres internationales de Tétouan remarquables à deux égards. D’abord, elles ont marqué la décision, au plus haut niveau, de l’Etat de doter le Maroc d’une politique publique d’intelligence économique nationale et territoriale. Le Maroc, en cela, rejoint des pays tels que la France, les Etats-Unis ou l’Inde.
Les Rencontres de Tétouan ont également marqué la volonté des acteurs économiques et politiques marocains de construire une politique et une démarche d’intelligence économique et stratégique adaptée à la réalité économique et sociale d’un pays émergent, tel que le Maroc.
Ces évolutions ont été confirmé à l’occasion d’un colloque sur le thème “Veille stratégique et compétitivité” organisé par l’association R&D Maroc, association en charge de la valorisation de la recherche et de l’innovation, en mars 2005.
Après avoir rappelé les décisions de Tétouan et la volonté de concevoir une approche marocaine de l’intelligence économique, nous parcourrerons l’état de la pratique à travers les avancées, les témoignages et déclarations, tant des représentants publics que des acteurs privés de la communauté d’intelligence économique marocaine. Il existe, bien évidemment, une culture et une pratique marocaine de l’intelligence économique beaucoup de réalités demeurent informelles et à explorer (pratiques stratégiques, pratiques de veille, culture du réseau, de la négociation, culture de la concurrence …).
Comme toute nation dotée d’une économie émergente, le Maroc est préoccupé par la pérennisation de son développement, voire par sa survie, par la préservation de son identité entre Europe et Afrique et la recherche de nouvelles capacités de puissance économique et culturelle (accord de libre échange avec les Etats-Unis, avec l’Union européenne, avec la Turquie).
Les décideurs marocains conjuguent en permanence la tension entre la nécessaire prise en compte des dynamiques concurrentielles de la mondialisation, la recherche du rattrapage économique et technologique et la conception d’un modèle de développement plus coopératif et durable : un mode de développement valorisant l’identité et l’histoire culturelle marocaine comme levier d’influence et avantage compétitif. Mohammed. Mbarki, wali de Tétouan en 2004, avançait la nécessité d’une conception marocaine de la démarche d’intelligence économique prenant en compte la richesse du socle culturel marocain, comme avantage culturel, coopératif et concurrentiel. Il a rappelé à ce propos la richesse que constitue la rencontre au Maroc, des cultures arabo-musulmanne, latinoandalouse, afro et française.