La protection du patrimoine éthique, une question d’intelligence

On oublie trop souvent qu’aujourd’hui le patrimoine éthique d’une entreprise est partie intégrante de son capital au même titre que la valeur de son savoir-faire, la compétence de ses ressources humaines ou le dynamisme de son marché. Un acheteur se détournera d’un produit ou d’un service dont l’image n’est pas conforme à sa conception personnelle des questions éthiques, sociales ou environnementales. Dans le même esprit, les marchés financiers sanctionnent dorénavant les entreprises dont le comportement éthique serait pris à défaut sur tel ou tel aspect.

En cela, consommateurs et actionnaires conditionnent l’émergence de standards de comportements et de bonnes pratiques des affaires qui s’imposent progressivement comme une norme internationale, la « soft law ». Or cette norme, ou « soft law », va au-delà des obligations de la loi. Ce que l’opinion internationale attend des entreprises sur les questions de corruption est à cet égard tout à fait significatif : on attend non seulement que celles-ci se conforment à la loi qui transpose la convention anti-corruption de l’OCDE mais également qu’elles soient en mesure de démontrer qu’elles n’ont effectivement pas recours à des commissions indues sur leurs marchés internationaux. Il y a en quelque sorte une inversion de la charge de la preuve. La bonne foi de l’entreprise, ou son honnêteté silencieuse n’est dès lors plus suffisante. Il lui revient d’être en mesure de pouvoir démontrer à tout moment l’intégrité de son comportement et de ses procédures, d’où la multiplication des chartes, codes de conduite et autres dispositifs codifiant les engagements éthiques de l’entreprise.

 De surcroît, le tribunal de l’opinion ne s’embarrasse pas d’enquêtes, de preuves, ni de débats contradictoires, il est prompt à juger sur une simple rumeur de corruption et à considérer que le moindre délai de réaction de l’entreprise est un aveu de culpabilité. Se doter de dispositifs d’intégrité qui soient visibles et auxquels on peut faire référence publiquement est dès lors fondamental car c’est un moyen efficace pour balayer une fausse allégation ou relativiser un accident de parcours. Cela est d’autant plus important que, dans la guerre économique que se livrent les entreprises sur les marchés internationaux, certaines sans scrupules, peuvent avoir intérêt à déstabiliser un concurrent sur le front de l’éthique en montant en épingle telle ou telle affaire, voire en orchestrant une rumeur embarrassante. Il n’y a en effet rien de plus efficace pour divertir les responsables d’une entreprise de leurs priorités d’actions stratégiques que de mobiliser la direction sur des sujets qui font la une des médias. Répondre efficacement à l’attaque ne s’improvise pas. De même que les entreprises se sont progressivement armées pour défendre leur patrimoine technologique, leur savoir-faire innovant, leur information concurrentielle, il leur faut maintenant défendre avec la même vigueur et la même constance leur patrimoine éthique.

 Ainsi, les nouvelles méthodes de management des risques informationnels (désinformation, menaces sur les actifs immatériels…) constituent aujourd’hui des actions d’intelligence et de contre-intelligence économique indispensables pour la maîtrise de ces nouvelles vulnérabilités.

Par Philippe CLERC dans “L’entreprise face à la corruption internationale”, de Philippe MONTIGNY – Editions ellipses, 2006

Problématique de la conception de méthodes pour la définition de Systèmes d’Intelligence Economique

 

 Par Salles, M.

Revue d’Intelligence Economique. n° 6-7, Avril-Octobre 2000
 
 L’article propose, dans une démarche en trois partie, de poser les principaux éléments de la problématique qui sous-tend la conception de méthodes pour la définition de systèmes d’Intelligence Economique (S.I.E.).  

La première partie vise à “situer” l’I.E. et ce que l’on peut entendre par “ingénierie de méthode” pour les S.I.E.

La deuxième partie examine alors ce à quoi correspond la “manière de penser” les méthodes de conception de systèmes d’information, en s’appuyant, notamment, sur l’analyse systémique et les approches cognitives des organisations.

La troisième partie traite successivement des manière de modéliser, organiser et aider, c’est-à-dire résoudre les difficultés liées à la mise en oeuvre de ces méthodes.

La conclusion, enfin, souligne la nécessité d’un travail multidisciplinaire indispensable à la production d’un référentiel constituant un enjeu de première importance dans la perspective d’une économie fondée sur la connaissance et le fonctionnement coopératif.

Préambule de l’article:

Les dernières années ont vu les définitions de l’I.E. se multiplier en évoluant assez sensiblement, passant de définitions quasi exclusivement centrées sur la description des process et techniques de l’I.E., à des définitions incluant les objectifs stratégiques de l’I.E., pour faire place depuis peu à des définitions incluant les notions de gestion des connaissances, d’apprentissage collectif ou de coopération.

La majorité des communications et textes explicitement dédiés à L’Intelligence Economique sont, encore aujourd’hui, produits par des praticiens (experts de sociétés de conseil, chargés d’I.E. dans des organismes publics ou consulaires, responsables d’entreprise, etc.). Ces contributions sont donc le plus souvent, très naturellement, centrées sur des relations d’expériences terrain, des conseils pratiques de mise en oeuvre de l’I.E., des comparatifs d’outils, des propositions de démarche, etc. Certaines dimensions de l’I.E. y sont soit ignorées, soit traitées à un niveau de généralité élevé, souvent à l’aide de notions mal définies, en grandes parties laissées dans l’implicite (par exemple, qu’est-ce qu’une innovation, ou comment mesure-t-on la proactivité d’une entreprise, ou encore comment définit-on l’environnement d’une entreprise ou d’une organisation ?). La recherche se réclamant explicitement du domaine de L’Intelligence Economique s’est quant à elle, en France, longtemps et presque exclusivement intéressée aux outils bibliométriques, pour récemment s’ouvrir, grâce notamment à la présente revue, à des thèmes plus amont comme la coordination, l’articulation de l’I.E. avec les dynamiques territoriales, ou l’organisation des dispositifs d’I.E.

Quatre questions nous semblent cependant aujourd’hui traverser, de façon plus ou moins explicite, les différents points de vue exprimés sur l’Intelligence Economique :

 

 

1. à quel niveau d’abstraction/opérationalité la notion d’I.E. est-elle (principalement) située : culture d’entreprise, aptitude de l’entreprise ou plus largement de l’organisation, dispositif organisationnel, système d’information, système de production de produits d’information, ensemble d’outils et de techniques, etc. ?

2. quelle est l’intentionnalité de l’acteur qui s’exprime : constat/descriptif d’un état, évaluation et analyse par rapport à un état cible souhaité (le plus souvent implicite), proposition de modes d’action, élaboration de référentiels ou de normes, etc. ?

3. quelles organisations l’I.E. concerne-t-elle : entreprises et/ou Etat central et/ou collectivités territoriales et/ou acteurs collectifs, etc. ; et parmi celles-ci, convient-il ou non de distinguer ces organisations selon un jeu de critères “classiques” (taille, domaine d’activité, localisation géographique, etc.) ou ad hoc ?

4. l’I.E. est-elle le simple prolongement de pratiques existantes (analyse stratégique, veille stratégique, TQM, benchmarking, etc.) ou, à l’opposé, une perspective entièrement nouvelle (et dans ce cas, comment expliquer qu’elle apparaisse précisément aujourd’hui) ?

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Intélligence économique et stratégies des entreprises

  L’intelligence économique peut être définie comme l’ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement et de distribution en vue de son exploitation, de l’information utile aux acteurs économiques. Ces diverses actions sont menées légalement avec toutes les garanties de protection nécessaires à la préservation du patrimoine de l’entreprise, dans les meilleures conditions de qualité, de délais et de coût.
 L’information utile est celle dont ont besoin les différents niveaux de décision de l’entreprise ou de la collectivité, pour élaborer et mettre en oeuvre de façon cohérente la stratégie et les tactiques nécessaires à l’atteinte des objectifs définis par l’entreprise dans le but d’améliorer sa position dans son environnement concurrentiel. Ces actions, au sein de l’entreprise, s’ordonnent en un cycle ininterrompu, générateur d’une vision partagée des objectifs à atteindre.
  
 La notion d’intelligence économique implique le dépassement des actions partielles désignées par les vocables de documentation, de veille (scientifique et technologique, concurrentielle, financière, juridique et réglementaire…), de protection du patrimoine concurrentiel, d’influence (stratégie d’influence des États-nations, rôle des cabinets de consultants étrangers, opérations d’information et de désinformation…). Ce dépassement résulte de l’intention stratégique et tactique, qui doit présider au pilotage des actions partielles et su succès des actions concernées, ainsi que de l’interaction entre tous les niveaux de l’activité, auxquels s’exerce la fonction d’intelligence économique : depuis la base (internes à l’entreprise) en passant par des niveaux intermédiaires (interprofessionnels, locaux) jusqu’aux niveaux nationaux (stratégies concertées entre les différents centres de décision), transnationaux (groupes multinationaux) ou internationaux (stratégies d’influence des États-nations). 

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Guide de bonnes pratiques en matière de l’I.E

 De nombreux chefs d’entreprise mesurent désormais l’intérêt de promouvoir l’intelligence économique sous son angle offensif, ils négligent souvent de consacrer du temps, un budget et donc des moyens à son aspect défensif.  quelle que soit la taille, peut devenir un jour une « cible » potentielle  d’un concurrent averti et que dès lors, elle se trouvera vulnérable face à certaines pratiques, parfois déloyales, utilisées par la concurrence pour s’approprier ses innovations, son savoir-faire, ou pour la déstabiliser et l’affaiblir.
 

 Pourtant, il est impératif d’avoir conscience que chaque société, d’un concurrent averti et que dès lors, elle se trouvera vulnérable face à certaines pratiques, parfois déloyales, utilisées par la concurrence pour s’approprier ses innovations, son savoir-faire, ou pour la déstabiliser,

 Afin de pouvoir contrer ces menaces, il faut préalablement identifier ce qu’il est impératif de protéger sous forme d’un noyau dur d’informations stratégiques, puis connaître les moyens de protection disponibles afin de pouvoir mettre en oeuvre ceux qui apparaissent les plus appropriés.

Que faut-il protéger?

 Il est impératif de protéger toute information dont la divulgation est susceptible d’apporter à une entreprise concurrente une plus-value, notamment en terme de compétitivité.
 
Il convient de prendre conscience que la nature des informations à protéger est spécifique à chaque entreprise et peut même varier dans le temps. Il appartient donc au chef d’entreprise, avec l’assistance de ses cadres, d’identifier très précisément ce périmètre vital et de mettre en oeuvre les moyens utiles de protection.
 
Comment se protéger?
 A l’analyse des préjudices subis par les entreprises en raison d’une atteinte, cinq grandes catégories de vulnérabilités ont été recensées :
 
  • La sécurité physique de l’entreprise (son site et ses locaux)
  • La sécurité informatique
  • Le facteur humain
  • La communication de l’entreprise
  • L’environnement et les partenaire

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Intelligence économique et Guerres Secrètes au Maroc

Abdelmalek Alaoui, associé gérant de Global Intelligence Partner et ancien étudiant de l’Ecole de guerre économique, a le mérite de poser les grandes problématiques auquel un pays doit faire face au risque de subir un déclassement économique mais aussi politique.

Le principal frein, selon A. Alaoui, au développement d’une politique d’intelligence économique est la résistance au changement qui est une pratique en grande partie héritée de l’époque coloniale (même si la présence française a ancré dans les têtes le « principe de précaution », indispensable à l’IE). Ce « tropisme français » s’est ainsi transformé en « maladie marocaine », une tendance au conservatisme qui se retrouve dans l’attitude économique. Selon A. Alaoui, le dirigeant marocain est frappé de « parisianisme » aigu.

De plus, « le Maroc a un système culturel où celui qui prend des risques fait figure de « mauvais joueur ». L’originalité jugée suspecte pousse à se méfier de celui qui en fait preuve et à le mettre sous contrôle. Le pays ne favorise donc pas l’aventure, l’imagination, la créativité, la prise de risque et l’ouverture aux idées nouvelles ».

Ce double frein culturel induit des insuffisances en matière de politiques d’intelligence économique : PME non sensibilisées, frilosité pour les partenariats public-privé, manque de culture du partage, opacité des circuits institutionnels fournissant des informations stratégiques, etc. Comme le dit l’auteur, « cette situation, où ceux qui devraient se parler murmurent, ceux qui devraient collaborer s’observent, et où ceux qui devraient interagir se repoussent, conduit à une absence de visibilité totale quant à la stratégie du pays face aux nécessités de la guerre économique ».

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